Bleu presque transparent de Ryû Murakami

Bleu presque transparent

Le samedi 21 août 2004 par Mario_Heimburger

Ca n’est pas une descente aux enfers, c’est plutôt le contraire. Après la guerre, une jeunesse japonaise se cherche, ou plutôt se perd dans les méandres de tous les excès possibles. Drogues, sexe, violence, tout est bon pour oublier qui on est. Ryû est à la fois participant et observateur de ces excès, il les ressent avec une acuité amplifiée par le recul. Il ne fera rien pour changer, et pourtant, le changement est déjà en lui.

Dans un style presque clinique, Murakami raconte ce qui fut vraissemblablement sa jeunesse. Passant tantôt de la troisième personne à la narration subjective, il dévide les jours et les nuits, indifférent à l’horreur et à la décadence. Ces orgies, décrites simplement, amènent le lecteur à une fascination morbide, mélange d’attirance et de répulsion. C’est qu’on finit par chercher la vérité dans tout ce désordre, on la recherche activement, dans l’espoir de la trouver, simplement parce qu’on imagine pas qu’une telle vanité puisse être possible.

A travers les visions des personnages, et surtout leur réaction vis-à-vis de celles-ci, on les découvre le plus en plus, comme dans un miroir. La mise en abyme, provoquée par des scénes calmes de la vie quotidienne, finissent par rapprocher Ryû du sublime, jusqu’à la révélation prophétique de l’oiseau noir.

Malgré la noirceur, on en ressort grandi, plein d’une nouvelle foi qui ne demande qu’à s’éroder face à la réalité.

Un petit extrait :

« T’es bizarre, Riû : t’es pas heureux. Même les yeux fermés, je parie que t’essaies de voir des tas de trucs. Je ne sais pas très bien comment te dire, mais du moment que tu trouves quelque chose qui te plaît bien, vraiment bien, pourquoi t’irais te creuser la cervelle pour y chercher encore autre chose en plus, tu crois pas ? Mais toi, faut toujours que t’essaie de voir autre chose, justement, à toute force, et de prendre des notes comme un savant qui fait de la recherche. Ou même comme un petit gosse. D’ailleurs, c’est ça que t’es, au fond : un gosse. A cet âge-là, on veut tout voir, non ? Un bébé, les gens qu’il connaît pas, il les regarde avec des grands yeux, puis il rit ou il pleure. La différence, c’est que toi, maintenant, si t’essayais de les regarder dans les yeux, les gens, tu deviendrais raide dingue dans la seconde. Essaie seulement, je te dis, tiens, avec ceux qui passent dans la rue ; je te jure que tu tiendrais pas le coup longtemps ! T’sais, Ryû, tu devrais pas regarder les choses comme un tout petit enfant. »