Bienvenue au Club de Jonathan Coe

Bienvenue au Club

Le samedi 25 décembre 2004 par Feline

Pas de doute, Jonathan Coe possède toutes les qualités que j’apprécie dans la littérature britannique : cette façon de décrire la société et ses travers, sans concession avec un humour toujours grinçant, parfois méchant mais jamais futile. Ce roman est le quatrième que je lis de cet écrivain et c’est un bon, voire un excellent cru. Après "Testament à l’anglaise", c’est celui qui m’a le plus enthousiasmée.

Le roman s’ouvre dans un restaurant berlinois, aujourd’hui. Patrick et Sophie dînent ensemble pendant que leurs parents profitent de leurs retrouvailles, alors qu’ils ne s’étaient plus vus depuis le collège, à Birmingham, dans les années 70. Et sophie de raconter à Patrick ce qu’elle sait de la jeunesse de leurs parents respectifs à cette époque.

Birmingham, années 70. On suit un groupe de trois amis, élèves du collège local et de leur famille : Benjamin, Doug et Philippe. A l’âge où ils découvrent la littérature, les filles et la musique rock qui prend son essort, ils sont loin des tracas des adultes et de la société, dont ils suivent les dérives sans bien les cerner. Leurs parents, du cadre de l’entreprise locale au délégué syndical, sont eux totalement immergés dans les conflits sociaux, le chômage, la politique et les grèves. Mais aussi dans tous les événements de la vie quotidienne, banals mais qui modifient les destinées, les problèmes d’adultes quoi : l’adultère, la mort, la trahison ...

Ce roman de Jonathan Coe est très complet, tellement complet qu’il en devient complexe à résumer. Tenter de le faire est d’ailleurs très réducteur. Un seul conseil, lisez-le ! Il ne passe sous silence aucun des aspects sociaux les plus durs vécus par la population anglaise d’une cité industrielle telle que Birmingham dans la période pré-Tatchérienne : le chômage, le racisme, la montée de l’extrême droite et de la droite en général mais aussi les attentats et les revendications de l’IRA. Le fait que ces mutations sont vues à travers les yeux, alternativement, d’adolescents et d’adultes enrichissent le roman et éclairent ces événements de regards totalement différents. Mais c’est ce qui fait également que ce roman soit moins satyrique et virulent que "Testament à l’anglaise".

Ce roman aura une suite qui épinglera la société anglaise dans les années 90. Alors une seule question : "Et la suite, Jonathan, c’est pour quand ?"