Bethsabée de Torgny Lindgren

Bethsabée

Le mercredi 9 février 2005 par Sheherazade

Bethsabée, la parfaite épouse d’Urie lieutenant du roi David, était la plus belle d’entre les plus belles. Lorsque le roi vit la Sulamite, il sut qu’il lui faudrait cette femme à tout prix, même celui de la mort.

Bethsabée, intelligente, calculatrice, d’une beauté à couper le souffle, sait que David a fait tuer son époux Urie et pourtant elle acceptera cet amour-passion comme lui revenant de droit. Elle décida que son fils Salomon, et aucun autre des fils de David, succéderait à son père ; pour parvenir à ses fins, elle manoeuvrera de sorte à pousser Amnon dans le lit de Tamar, sa demi-soeur qui devra forcément mourir après cet inceste. Quant au jeune homme, c’est son frère Absalom qui vengera l’honneur familial. Ensuite, elle jouera un tour qui coûtera la vie à Alsalom. De la prestance du beau David, le jeune vainqueur de Goliath, il ne reste pas grand-chose à la fin de son existence ; ayant toujours froid, Bethsabée lui mettra chaque jour une autre fille plus jeune, plus tendre, dans le lit. Bref elle ne reculera devant rien pour avoir le pouvoir, car plus le roi s’amollit et plus le pouvoir de la reine grandit.

L’ancien testament de la bible contient, dit-on, tous les éléments de base qui forment n’importe quel roman : familles dysfonctionnelles, amour fraternel ou haines familiales, passions charnelles, incestes, adultères, sacrifices, guerres, luttes pour le pouvoir, trahisons, sans oublier la nature elle-même qui se révolte contre les excès des hommes.

Le roman de Torgny Lindgren devient au fil des pages un réel enchantement pour le lecteur, conquis par la "voix" ironique de Bethsabée s’exprimant sur son désamour de David et sur son obsession à apporter le pouvoir à Salomon, ce fils trop sérieux au yeux du roi David. L’auteur donne naissance aux protagonistes de la bible, leur insufflant une vie pleine de passions et de sensualité ; le portrait de Bethsabée est celui d’une reine et femme d’une force de caractère exceptionnelle tentant d’acquérir tous les pouvoirs. Au risque de se durcir, d’être seule, sans amis, sans amour, sauf celui qu’elle porte à Salomon. On ne termine pas ce roman avec beaucoup de sympathie pour elle et pourtant bien qu’ayant été écrit il y a près de 20 ans, ce portrait de Bethsabée, héroïne biblique, est totalement moderne.

L’auteur suédois, qui expliqua avoir voulu brosser le portrait moderne d’une héroïne ancienne, en créant une sorte de pastiche du féminisme, obtint le Prix Fémina étranger en 1986 et les critiques s’entendent à dire que c’est l’un des prix littéraires qui fut le plus mérité.