Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg

Surtout n’oubliez pas de vous arrêter au Whistle Stop Cafe

Beignets de tomates vertes

Le lundi 28 avril 2008 par Sheherazade

Alors que son époux se rend auprès de sa mère dans la maison de retraite où elle réside, Evelyn Couch, sa femme, reste dans le salon à grignoter. Evelyn, à l’évidence, est avide de sucreries, de nourriture en général, compensant ainsi ses frustrations de ménagère ignorée de son époux.

Evelyn est une brave femme de près de cinquante ans, dans toutes les connotations péjoratives que l’on donne à ce terme de « brave » : toute sa vie elle a plié le dos afin de plaire aux autres, évitant les conflits si possible, ce qui cependant n’empêchait pas les autres de l’insulter.

Bien qu’elle ne souhaite parler à personne, dans le salon, une délicieuse vieille dame de 86 ans qui n’arrête pas de parler dès qu’elle a une audience et apparemment Evelyn est l’audience parfaite pour Ninny Threadgoode. Elle va donc lui conter toute l’histoire du Whistle Stop Cafe, de la formidable Idgie adoptée par la famille Threadgoode, de Buddy l’un des fils préférés, de la très belle Ruth Jamison, aimée d’Idgie, de leur garçon Buddy Jr. surnommé « Stump », mais aussi de toute la petite ville de Whistle Stop, de Troutvile où habite les « gens de couleur » alias les Noirs rejetés de partout, de Sipsey, la merveileuse cuisinière des Threadgoode originaire de Troutville.

Whistle Stop est située le long de la voie ferrée c’est un lieu dangereux pour y jouer, mais tellement tentant pour les enfants. Le Whistle Stop Cafe, s’il est géré par Idgie et Ruth, heureusement a pour chef de cuisine, une cuisinière noire extraordinaire et les recettes du restaurant - particulièrement les beignets de tomates vertes - attirent les habitants et les voyageurs. Quelle personnalité qu’Idgie, toujours prête à aider ceux qui en ont besoin, toujours prête à raconter une histoire, toujours prête à faire une bonne blague et surtout à rire.

C’est à l’écoute de son histoire d’ailleurs, que peu à peu Evelyn Couch va sortir de sa léthargie ; elle recherche désormais la compagnie de la vieille dame dès qu’elle arrive à Rose Terrace et petit à petit, la personnalité d’Idgie va indirectement laisser son empreinte sur elle ; elle se demande régulièrement comment celle-ci aurait réagi à sa place lorsqu’elle, Evelyn, se laisse marcher sur les pieds. C’est alors que dans sa tête surgit « Towanda » son alter ego libéré, qui n’a pas du tout l’intention de se laisser faire. Une scène sur le parking du supermarché est formidable d’ailleurs dans cette libération du personnage.

Grâce à la délicieuse Ninny, notre ménagère obèse et boulimique va découvrir son problème ; à partir de là, c’en sera fini de l’Evelyn du début du roman, elle va prendre sa vie en main, se libérer de la boulimie, se trouver un emploi et remettre son mari à sa place.

Je me suis enfin décidée à découvrir ce livre merveilleux, et ce 21 ans après sa parution aux Etats-Unis ... mieux vaut tard que jamais ! J’avais apprécié le film, mais sans plus, il y a quelques années. Je pense que si je le revoyais à présent, je l’apprécierais mieux. Tout comme j’ai apprécié « mettre un visage » sur les personnages.

Comment parler du roman, pour cela il me faudrait tout le talent de manu de chaplum, qui m’a si gentiment prêté le livre et heureusement, sinon je serais indéfiniment passée à côté de ce petit bijou que je ne suis pas parvenue à lâcher dès que je l’ai eu commencé.

L’ennui je n’arrive pas à trouver les mots justes pour parler de cette chronique américaine, de tous ces personnages attachants. N’est ce pas étrange que plus j’apprécie un roman, moins j’arrive à en parler ? probablement ai-je peur de le desservir, de dire des platitudes.

« Fried Green Tomatoes at the Whistle Stop Cafe » ou « Beignets de Tomates Vertes » en français est une intéressante chronique américaine, qui s’étale sur plus de 50 ans et qui offre une galerie de portraits, tous plus savoureux les uns que les autres.

Le roman de Fannie Flag annonce délibérément son étiquette féministe, et c’est très bien. Il fallait et il faudrait encore de nombreux romans de ce type car pour le moment, les droits des femmes sont en berne quoique l’on en dise ou que l’on en pense.

J’aime bien aussi le principe de l’ auto-collant « Towanda », l’ alter-ego violent d’Evelyn Couch, personnage du roman, émis dans les années 90 et devint fort populaire auprès des ménagères.

Cependant, le féminisme et l’homosexualité féminine ne sont pas les seuls thèmes importants du roman ; l’un plus important de tous est celui du racisme dans le sud des Etats-Unis, un racisme particulièrement violent dans les années 20-30 et après ; le KKK fait planer son ombre odieuse et maléfique sur la région. Mais aussi le terrible krach boursier des années 30 et la crise qui s’en suivit.

On a envie aussi de crier « bravo » à chaque pas que prend cette gentille femme décidant de ne plus être « brave » et de ne plus être gentille pour faire plaisir à tout le monde (un problème que je connais bien et qui m’est aussi passé, heureusement, mieux vaut peu d’amis, mais des vrais en étant « vraie » soi-même que des soi-disant amis parce qu’on est « une brave fille »). Mais Evelyn Couch n’est pas le seul personnage qui m’ait plu ; sous les yeux de la lectrice/du lecteur défile une galerie de portraits tous plus attachants les uns que les autres. C’est bien ainsi que restera dans ma mémoire cette très chouette chronique à la fois familiale et sociale : un livre avec une infinité de personnages gentils, une galerie de personnages s’aimant les uns les autres - les méchants n’y ont pas leur place, en tout cas jamais longtemps.

Concernant l’homosexualité fémnine, il est totalement évident dans le roman qu’Idgie et Ruth s’aiment d’un amour-amitié particulièrement fort et jamais dérangeant. Le film a moins mis l’accent sur ce sujet que le roman, quoique ce ne soit pas non plus le thème majeur du livre, qui est extrêmement tendre et pudique, drôle et surtout profondément gentil sans jamais être gnangnan, car on sourit tout le temps pendant la lecture.

C’est le genre de livre que je suis toujours triste de quitter ; d’ailleurs je pense que je vais me l’offrir après avoir rendu son exemplaire à manu, qui a aussi envie de le relire et comme je la comprends. Vraiment, ma lecture positive de l’année !

PS - une question me taraude toutefois : Ninny raconte qu’Idgie est venue vivre chez les Threadgoode à l’âge de quatre ans, or Ma et Pa Threadgoode parlent d’elle comme si elle était leur véritable enfant, née de Ma, puisqu’elle décrit sa naissance ???

Un autre article de MaBibliothèque.Net a été écrit sur ce livre : Beignets de tomates vertes


  • Beignets de tomates vertes  27 mai 2008
    Une question me tracasse... Selon-vous Ninny est-elle Edgie dans l’histoire ???
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    • Beignets de tomates vertes 21 juillet 2008
      Je viens de revoir ce film, vendredi dernier (le 18 juillet). Il ne fait aucun doute pour moi que Ninny et Edgie ne font qu’une. C’est une tendre histoire comme on en fait rarement. Je n’ai pas lu le livre, mais revoir ce film m’en a donné l’envie.Evelyne est touchante et Ninny pleine de vie. J’ai adoré la scène du parking du supermarché.
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      • Beignets de tomates vertes 25 août 2008, par merleen
        J’ai vu 10 fois le film, en boucle, au ralenti. Sans aucun doute un de mes films préférés ! (je ne suis pas cinéphile). J’ai été séduite par les comédiens et la justesse de leur jeu et par le doublage des voix. Et bien sûr que Nini est Idgie ! Je ne sais pourquoi le flou est maintenu mais quand on voit l’âge de ladite Nini, quel âge aurait Idgie, cette reine des abeilles qui vient déposer un pot de miel sur la tombe du fils de Nini ? Même physiquement, l’actrice qui joue Nini ressemble à Idgie jeune. Trop beau film ! Vous êtes d’accord qu’ils ont bel et bien fait rôtir le gêneur ? J’ai mis un certain temps à le réaliser ...
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        • Beignets de tomates vertes 1er avril 2013

          Je ne suis pas tout a fait d’accord avec toi sur le fait que Nini soit Idgie :

          Tout d’abord Nini possède dans sa chambre des photos d’Idgie, a mois d’etre extrement narcissique qui ici fait ce genre de chose ? Ok, j’assume mais c’est ma mere qui me l’a mise ;) Ensuite, on retrouve Nini assise sur sa mallette devant ce qui était sa maison, donc elle devait y avoir attendu, ou bien je ne la voit pas aller chercher son pot de miel dans la ruche et passer devant sa maison sans rien voir, au pire admettons, elle est vielle d’accord elle a pas vu et est partie chercher son pot de miel a la ruche dans l’arbre mort, (oui cet arbre car en maison de retraite elle a pas eu le temps d’en chercher un plus proche) je vous rappelle que les deux JEUNES filles y sont allées en voiture à ce pic-nic (elle vole les clée en passant par le toit et vas reveiller ruthe) alors comment une vielle dame comme elle a pu faire la meme a pied meme sans mallette (imaginons qu’elle l’ai déposé en ville avant) car je vous le rappelle Idgie vas reveiller ruthe le matin et c’est pas le petit dej’ qu’elles ont pris au pic-nic mais bien le déjeuner, donnc meme en voiture elles leurs a fallut la matinée ?

          Pour toutes ces raisins je pense qu’on peut différencier Nini de Idgie


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    • Beignets de tomates vertes 18 novembre 2010, par Lap1depak

      Ce livre est mon roman préféré, et le film est également un de mes favoris :D

      Donc à mon avis on peut dire qu’il est clair dans le roman que Idgie et Ninny sont deux personnes différentes (ceux qui ont lu le roman seront d’accord, à la toute fin Idgie est avec Julian sur l’autoroute). Mais, avec l’accord de Fanny Flagg, Jon Avnet a décidé de rendre la scène dans le cimetière très très très ambigüe, ce qui fait que les personnes n’ayant pas lu le livre sont très souvent de l’avis que Ninny est bel et bien Idgie.

      En espèrant avoir aidé :)


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