Avril rouge de Santiago Roncagliolo

Avril rouge

Le dimanche 14 novembre 2010 par lagarto

Mars 2000, le Pérou est en pleine campagne électorale présidentielle. À Ayacucho, la ville aux 37 églises, on attend des milliers de visiteurs pour les fêtes populaires et les célèbres processions de la Semaine Sainte.

Ayacucho, ville peuplée de fantômes : dans cette ville les morts ne sont pas morts. Ils marchent dans les rues et vendent des bonbons aux enfants, ils saluent les vieux, ils prient dans les églises...

Ayacucho, berceau du Sentier lumineux, traumatisée à jamais par les violences terroristes et les exactions des escadrons spéciaux de l’armée dans les années 80...

Dans un village voisin, on découvre un cadavre carbonisé. Bras droit arraché. Sur le front, une croix, dessinée au couteau. Revenu récemment à Ayacucho, sa ville natale, le candide Chacaltana, substitut du procureur du district est chargé de l’enquête. Jusqu’ici, Chacaltana ne s’est occupé que de bagarres entre ivrognes et de violences domestiques. Les affaires plus sérieuses étaient le domaine réservé des militaires. C’est donc sa première affaire criminelle. Lui qui n’a jamais rien fait de mal, n’a jamais rien fait de bon, ressent une vague fierté en même temps qu’une certaine inquiétude. Il pense d’abord à un retour du terrorisme. L’armée et la police le désavouent. Pas de troubles. Il faut protéger la réélection du président Fujimori. Ne pas effrayer les touristes.

Dans un environnement délétère et morbide (il parle chaque jour à sa mère, morte il y a dix ans), de plus en plus angoissant, Chacaltana poursuit son enquête. Tandis que les cadavres atrocement mutilés se multiplient comme pour ponctuer ses investigations, le substitut plonge dans l’horreur. Enfer et folie...

Avec en toile de fond les célébrations de la Semaine sainte, les tapis de fleurs, les processions, les fêtes populaires, l’évocation des rites, des coutumes et des mythes andins, avec son atmosphère lourde, inquiétante, la mort omniprésente, avec une action qui s’accélère sans répit jusqu’au dénouement, le roman, non dépourvu d’humour, fascine le lecteur.

Construit sur les terribles blessures laissées par la guerre, l’angoisse du retour au terrorisme, avec des personnages qui ont tous quelque chose à cacher, quelque chose à craindre, quelque chose à oublier, c’est « Avril Rouge » de Santiago Roncagliolo.