Artemisia de Alexandra Lapierre

Artemisia

Le jeudi 20 mai 2004 par Sheherazade

Artemisia Gentileschi, au talent phénoménal, célèbre en son temps, était un grand précurseur dans le domaine des femmes-peintres, en ce sens qu’elle était peintre à part entière et non pas pour se distraire comme les jeunes filles de son époque ; elle en faisait vivre sa famille, elle ne s’est pas contentée de faire ce que l’on attendait des femmes peintres de la Renaissance, à savoir se mettre au service des peintres officiels.

Son talent était bien supérieur à celui de son père ; très tôt Gentileschi avait compris l’immense talent de sa fille et il tentera toute sa vie de la garder auprès de lui ou de la récupérer lorsqu’elle le quittera. Il y voyait un avantage personnel certain car les qualités d’Artemisia dépassaient de loin le talent du père. Il tentera toujours de la faire travailler exclusivement pour lui et sera dévoré par une jalousie qui rongera leurs relations toute leur vie.

La peinture d’Artemisia est puissante, débordant de vitalité, de fureur.

Alexandra Lapierre connaît bien son sujet ; elle a consacré cinq années de recherches afin de retracer l’existence d’Artemisia à travers toute l’Italie et même l’Europe du 17ème siècle. Son enthousiasme était tel, lorsqu’elle parlait de son sujet, que je me suis précipitée sur son livre. Mais quelle déception que ce livre, écrit non pas comme une simple biographie qui aurait rendu un bien plus bel hommage à ce peintre de génie, plutôt que cette version romancée, digne d’un mauvais feuilleton télé. Le livre (comme le film qui en fut tiré) met lourdement l’accent sur le viol dont la jeune femme fut victime à 17 ans par un ami-concurrent de Gentileschi père et sur le procès qui s’en suivit.

L’auteur nous explique comment naquirent certains tableaux à la suite de cet acte odieux, mais le livre n’aurait pas dû avoir la forme d’un histoire romancée. La vie et le talent d’Artemisia méritaient mieux que ces dialogues "comme si on y était". Le style de l’écriture n’est pas à la hauteur de l’érudition d’Alexandra Lapierre.

La vie des peintres est tellement riche et intéressante qu’écrire une simple biographie est amplement suffisante pour leur rendre l’hommage qu’ils méritent ; tout comme pour " La Jeune fille à la perle " qui n’ajoute rien d’intéressant à la vie de Johan Vermeer, l’histoire romancée d’Artemisia n’ajoute rien à la reconnaissance de son extraordinaire talent. Le livre a cependant le mérite de comporter un ensemble - en couleurs - des oeuvres d’Artemisia qui permet de comprendre toute la puissance de son talent.