American darling de Russel Banks

Une vie qui ne renonce jamais !

American darling

Le mercredi 15 mars 2006 par channe01

C’est peut être le meilleur roman de Russel Banks que j’ai lu. Celui qui m’aura le plus touchée au cœur. C’est l’histoire d’une femme dans l’Amérique des années cinquante, de la guerre froide.

Une grande sœur. Une femme qui choisit son chemin de vie et qui le choisissant en oblitère beaucoup d’autres qui lui auraient été plus confortables.

Elle entre en désobéissance, en résistance et elle dérape au bord de la délinquance. Luttant pour les droits civiques des noirs, contre la guerre du Vietnam, de luttes en luttes, elle échappe à sa famille traditionnelle. A partir de là, sa vie ne lui appartient plus tout à fait. Et pourtant, c’est la sienne. Elle ne veut ni renoncer, ni demander pardon... Elle s’enferme librement dans une destinée choisie.

Russel Banks incarne cette voix féminine, féministe, avec cohérence, sincérité.

Cette femme qui persiste en résistance et signe un chemin de vie des plus douloureux, va tracer sa route en Afrique.... On part du présent, une ferme tranquille, des femmes à l’abri de la vie qui s’efforcent de se débrouiller dans l’Amérique d’aujourd’hui.

La femme libre ne trouve toujours pas sa place. Il lui faut retourner dans les pas de sa mémoire.

A travers un retour au Libéria dans la clandestinité, des bribes de mémoires refont surface et la vie se raconte à rebours. Une vie qui ne renonce jamais à son idéal malgré les compromissions, les amertumes, les regrets, les fautes.... Malgré le prix à payer, malgré l’évidence de l’erreur parfois. La lucidité peut être aveuglante. Pendant tout ce chemin de vie, cette femme raconte ses deux pays. Celui de sa naissance, celui de ses utopies : l’Amérique et l’Afrique.

L’Amérique des grandes idées, de la démocratie, et ses couloirs sombres qui cachent tous les compromis pour garder la puissance. Et le Libéria, une contrée de l’Afrique toujours en tourmente...

La femme qui ne renonce jamais incarne ses rêves au Libéria.

Mais le Libéria est né d’un mensonge. D’une vérité tronquée. Il se veut une réparation à l’esclavage. Il est une imposture.

Tout comme la vie de cette femme devient un mensonge. Une apparence de bonheur. Des enfants, une passion, un mari, tout est dans l’apparence. Derrière, il y a les yeux de ceux qu’elle appelle ses rêveurs qui ne mentent jamais, les chimpanzés sur lesquels les laboratoires pharmaceutiques font des expériences. Les rêveurs ont plus de lucidité que les humains.

Les rêveurs sont les vrais enfants de cette femme. Ils ont le savoir et l’innocence. Ces enfants réels, eux, seront des enfants soldats. Les enfants nés des douleurs de l’Afrique.

D’errances en errances, on suit cette femme jusqu’à ce qu’elle accepte d’ouvrir les yeux en grand sur tout ce qui l’a abusée. Jusqu’à ce qu’elle puisse faire la paix avec elle-même. Sans avoir jamais renoncée.

Et là, c’est un matin de septembre, un autre monde est à l’ordre des jours.

Cela se lit avec le cœur. C’est remarquablement écrit et traduit. Cela en dit plus sur la situation d’aujourd’hui que bien des essais. C’est écrit avec l’âme au vif. Emprunté en bibliothèque, ce livre, je vais l’acheter afin de pouvoir le relire à volonté.

-  Russel Banks
-  American darling
-  Editions actes sud
-  ISBN/2742756906


  • American darling  8 août 2006, par Dupneu
    Bonjour, Bien convaincu aussi d’avoir lu un formidable livre, je suis toujours assez épaté de mesurer l’écart entre deux lectures : le lisant, j’y ai trouvé autre chose que ce qu’indique la quatrième de couverture, et rien de ce qui est écrit ici, à propos d’une "femme dans l’Amérique des années 50, de la guerre froide", puisque l’héroïne américaine en sa jeunesse est une militante révolutionnaire de la période post-soixante huit, opposante extrémiste à la guerre du VietNam dans les débuts des années 70, qui traverse la dictature puis le chaos politique au Libéria dans les années 80 jusqu’à nos jours. Le livre relate donc un peu plus de 30 ans d’histoire, de 1970 à 2001. Il ne peut y être question de guerre froide, période depuis longtemps révolue. Peut être l’erreur est elle dûe aux qualités du livre, qui sont à la mesure du travail de Russel Banks, très documenté, fouillé, intelligent et d’une grande finesse psychologique : c’est un livre qui peut nous accompagner longtemps, il n’y a pas beaucoup d’ouvrages de cette trempe dans le siècle. Et chacun peut y trouver beaucoup. Mais pas ce qui n’y est pas.
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    • American darling 9 août 2006, par channe01
      Cette femme est juste un peu plus vieille que moi, c’est pourquoi c’est une grande soeur. Et quand nous avons grandi, c’est l’horreur des camps de concentration, hiroshima et la guerre qui ne disait pas son nom contre l’urss, la guerre froide, qui étaient en arrière plan de nos enfances. C’était comme une grande ombre. Quand j’étais petite, j’avais peur de la guerre, qu’elle survienne, l’horreur atomique a été déterminante dans ma vie. Et je me suis trouvée des points communs avec le personnage.
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