Allons voir plus loin, veux-tu de Anny Duperey

Christine, Solange, Paul et les autres

Allons voir plus loin, veux-tu

Le lundi 19 avril 2004 par Sheherazade

Ou le destin de quatre êtres malheureux en quête d’une autre vie. Christine, 50 ans, directrice d’une agence de voyages parisienne, décide soudain qu’elle s’ennuie dans sa maison de campagne à laquelle elle a consacré toute son énergie et ses économies depuis qu’elle en a hérité et après avoir été capable de divorcer d’un mari cynique et manipulateur.

Cette maison était un havre de paix, mais soudain elle ne la supporte plus. Elle, toujours si calme et gentille, en a même une altercation avec une employée des chemins de fer le jour où elle décide de tout plaquer et de vendre cette bicoque. Assise sur le quai, en attendant le train, elle sait qu’elle va cependant arriver à accepter ce qui lui arrive et elle retourne vers sa maison.

Paul, un être sensible, plein de poésie et de tendresse, a eu le malheur d’être né dans une famille de paysans rustres, durs, ne souriant jamais. Paul, élevé dans les hurlements de rage et les coups, et qui un jour d’été, découvre un endroit merveilleux dont il partage le bonheur de la découverte avec la "Parisienne" qui habite la bicoque voisine de la ferme. Ces quelques moments lui font comprendre toute l’étendue de sa détresse, de ne pas être à sa place dans sa vie et il prendra une décision irrévocable pour trouver la paix.

Solange, elle, en a ras le bol des enquiquineurs de toutes sortes et n’en peut plus derrière son guichet de gare ; son mari la pousse à un court voyage organisé où elle agace immédiatement le groupe par ses remarques acerbes. A tel point qu’il lui vient l’envie de rester seule et elle quitte le groupe temporairement pour se promener dans la petite ville où elle croit retrouver dans une clocharde une jeune femme de son passé. Elle passera deux jours en compagne de cette Eliane, et lorsqu’elle la quittera pour retrouver le groupe et son village, Solange sait qu’un changement va s’opérer en elle et elle pourra enfin faire la paix avec sa famille.

Quant à Luc... ah Luc ! après avoir déçu son père parce qu’il a quitté des études d’architecte (le choix du père, car lui il voulait dessiner des bédés !) il a rencontré une jeune femme totalement névrosée, mal dans sa peau et sa vie, qui s’accroche à lui comme une sangsue, lui faisant perdre son emploi de dessinateur industriel. Leur misère est telle qu’ils n’ont même plus de quoi manger. Aussi accepte-t-il un petit boulot de traducteur auprès d’un groupe d’hommes d’affaire, et il les accompagne à Budapest car il parle assez couramment le hongrois. Là encore le destin frappera pour que cet homme jeune puisse enfin retrouver la paix intérieure et sa dignité perdue.

A la manière des destins croisés chers au cinéaste Robert Altman, pendant quatre chapitres, l’auteur nous fait vibrer de tristesse ; les quatre vies qu’elle décrit sont soit sordides, soit ternes, mais toutes sont pénibles. Survient alors le cinquième chapitre avec, enfin, une lumière au bout du tunnel, la rencontre fortuite de ces êtres que rien ne relie et l’espoir peut enfin entrer dans leurs vies.

Anny Duperey, dont j’avais adoré Les Chats de Hasard , a écrit ici un livre magnifique ; sa description des personnages principaux est pleine de tendresse, elle jette sur eux un regard d’une réelle intensité. Le livre est toujours délicat, même dans les situations les plus pénibles. Tous les personnages sont décrits avec une observation profonde de la nature humaine, sans concession à la mode. Ce sont des gens simples, pauvres, bons ou mauvais, des gens comme nous. Le livre ne m’a pas déçue un seul instant, je me suis sentie proche de ces gens qui souffrent et vivent ou survivent comme ils le peuvent. Je recommande vivement ce roman.

Un autre article de MaBibliothèque.Net a été écrit sur ce livre : Allons voir plus loin, veux-tu