Agatha Raisin and the Haunted House de M.C. Beaton

Agatha Raisin and the Haunted House

Le mardi 9 novembre 2010 par Sheherazade

Agatha Raisin vient de rentrer de Londres où elle a travaillé pendant quelque temps comme consultante indépendante en relations publiques ; depuis la vente de son agence et sa « retraite » volontaire dans le joli village de Carsely dans les Cotswolds, Agatha accepte ce type de projet ponctuel afin de lutter contre l’ennui qui la gagne régulièrement dans la campagne britannique.

Quelle n’est pas sa surprise de constater que le cottage de son ex-mari James est loué à un nouveau et séduisant gentleman ; Paul Chatterton, le nouveau voisin, est tout ce qu’elle espère rencontrer ; Ms. Raisin est d’une coquetterie à toute épreuve et son acharnement à se trouver un nouveau compagnon la rend assez ridicule auprès des femmes du village, trop heureuses de médire de l’une d’entre elles. Sauf la femme du vicaire, qui connaît la vulnérabilité d’Agatha et la trouve touchante, mais bon c’est la femme du vicaire, elle est censée aimer son prochain ! Toutefois, la prudence s’impose une fois encore du côté masculin puisque Paul Chatterton est marié, mais sa femme vit en Espagne, donc pour Agatha tout est possible !!!!

Une maison du village semble être hantée, du moins c’est ce que clame la propriétaire, une véritable harpie s’étant déjà mis pas mal de monde à dos. Agatha, sollicitée par son nouveau voisin ayant entendu parler de ses activités de détective-amateur, accepte le défi et propose ses services à la propriétaire de la maison, qui les envoie rapidement sur les roses. Pour Agatha, il ne fait aucun doute que la maison n’est absolument pas hantée, mais que quelqu’un tente de chasser la dame en question, de lui faire peur à coup sûr. Quelque chose est probablement caché dans cette maison qui attire quelqu’un, mais quoi ?

Lorsque la propriétaire est retrouvée morte au pied de l’escalier, les soupçons se portent immédiatement sur le fils aîné dont le magasin d’antiquités est au bord de la ruine ; comme il est le seul héritier, malgré le fait qu’il ait une sœur, la police de Carsely le considère comme principal suspect.

Finalement, le frère et la sœur, qui se sont réconciliés entretemps, demandent à Agatha et son « Dr. Watson » de rechercher le meurtrier de leur mère, ce que les policiers chargés de l’enquête leur défendent formellement. Cela se complique, semble-t-il, d’autant plus qu’Agatha Raisin n’a pas vraiment sa langue en poche et elle n’hésite pas à traiter les collègues de son copain Bill Wong de certains noms d’oiseaux. La diplomatie n’est pas le point fort de Mrs. Raisin, on a d’ailleurs peine à la voir en directrice de relations publiques ...

Lorsque l’une des différentes personnes interrogées par le tandem perd également la vie, Agatha et son voisin se rendent compte qu’ils sont sur une piste, peut-être celle du manuscrit précieux dont on leur a parlé ou d’un trésor datant du temps d’une des guerres civiles (celle de Cromwell). Plus ils se rapprochent de la vérité, plus la situation devient compliquée, d’autant plus compliquée qu’entretemps un copain du passé d’Agatha ressurgit, rendant le voisin jaloux, et accentuant la réputation de Messaline de notre détective en jupons.

Agatha Raisin risque de perdre bien plus que sa réputation dans l’aventure, sa vie et celle de ses amis semble tout aussi menacée.

J’ai entamé les aventures de l’amatrice-détective Agatha Raisin depuis sa première enquête = « Agatha Raisin & the Quiche of Death ». A l’époque je la trouvais plutôt rigolote cette ancienne propriétaire d’agence de relations publiques ayant décidé de se « mettre au vert » après avoir découvert que la trépidante vie londonnienne ne lui convenait plus tellement ; c’est sûr que le monde de la publicité, du marketing est une jungle où il faut se battre sans arrêt. Non pas que Ms. Raisin n’en ait pas les capacités car elle est redoutable. Après plusieurs (més)aventures où - souvent par hasard - elle se retrouvait emberlifiquotée dans des affaires de meurtre, elle a fini par se plaire à Carsely dans les Cotswolds.

Son caractère souvent acariâtre ne lui a valu que deux amis sincères sur place : Mrs. Bloxby, la chaleureuse épouse du vicaire du village, et Bill Wong, le jeune détective du patelin qui apprécie l’aide de « Madame-Mêle-tout ». Car Agatha Raisin est incapable de ne pas se mêler des affaires des autres, surtout si une mort semble suspecte.

Cette quatorzième aventure de Mrs. Raisin est très plaisante au niveau du mystère proprement dit, là je n’ai rien à redire. Non seulement le rythme est vif, parfois drôle, assez nerveux, parfois dramatique, le mystère restant entier jusqu’à la fin. Il y a par ailleurs quelques scènes fort drôles provoquées par la curiosité malsaine de l’une des voisines d’Agatha, Mrs.

Ce qui fait que je ne poursuivrai plus cette série est le caractère de cette « chère » Agatha proprement dit. Je ne sais pas de qui l’auteure M.C. Beaton fait la caricature mais ce qui est certain c’est qu’Agatha Raisin n’est vraiment pas Miss Marple. Car on la présente effectivement comme une moderne Miss Marple, vieille fille villageoise résolvant des meurtres et héroïne d’Agatha Christie.

Tout d’abord Agatha Raisin est tout sauf une « armchair detective » comme Miss Marple ; au contraire de la gentille vieille dame, Raisin court partout, se dépense sans compter, s’impose sans cesse aux autres qui la trouvent souvent fastidieuse, ce qui devient mon cas également.

Alors que je la trouvais assez touchante dans ses difficultés à assumer la cinquantaine, je commence à la trouver franchement méchante lorsqu’elle juge les autres femmes, elle est fréquemment d’une jalousie maladive, d’autant plus qu’elle est persuadée d’être irrésistible auprès des hommes, candidats potentiels à une liaison devant nécessairement aboutir au mariage ! On se demande combien de fois elle va encore se gourrer, d’autant plus qu’elle a déjà plusieurs mariages et liaisons derrière elle, ayant mal tourné, parfois parce que le gars en question est un crétin parfait, parfois parce qu’elle le poursuit tellement que le brave type prend peur.

Sa peur de la solitude devient pathologique, ses minauderies deviennent franchement ridicules, son agressivité à l’égard des femmes, surtout plus jeunes, est pathétique et sa mauvaise foi me rend malade. Bref, j’en ai terminé avec les aventures d’Agatha Raisin, insupportable et catastrophique, dont les enquêtes m’ont bien amusée pendant quelques bouquins, mais il est temps que je passe à autre chose ; beaucoup de lectrices apprécient le personnage pour son côté humain, non pas dans le sens de compatissant, mais dans le sens d’être faible et pleine de défauts comme un être humain ; c’est aussi ce qui ma la rendait sympathique au début, mais à présent elle en devient franchement désagréable surtout en raison de son extrême mauvaise foi.

Par contre je vais regretter les descriptions de la campagne anglaise par M.C. Beaton, qui est par ailleurs l’auteure de la série policière mettant en scène Hamish Macbeth, jeune flic écossais. Sous son nom de Marion Chesney, Mrs. Beaton est également l’auteure d’une série policière historique.

Le style de l’écrivaine est enlevé, plein d’humour, elle observe les humains avec une tendresse mêlée d’un certain cynisme, mais Agatha Raisin me tape désormais sur les nerfs. De toute façon, elle n’est pas la seule raison pour laquelle j’abandonne la série, du moins pour l’instant, mais il y a quelques incohérences d’un livre à l’autre. Et je reproche réellement au personnage de ne pas évoluer d’une virgule, franchement il serait temps qu’elle se remette un peu en question, tout le monde n’a pas la grandeur d’âme d’une épouse de vicaire, prête à pardonner tous les petits travers.